« On a bloqué vingt minutes sur la case pays. La lettre était X. Est-ce que Xinjiang comptait ? » La question revient à chaque partie, et la réponse franche tient en une ligne : aucun pays ne commence par un X. Ni parmi les 193 membres de l’ONU, ni parmi les deux États observateurs, ni en anglais. Au pied de la lettre, la case reste vide.
Sauf que personne ne joue au pied de la lettre. Les cinq réponses ci-dessous sont classées sur leur chance de survivre à un adversaire qui conteste : la première gagne l’arbitrage le plus souvent, la dernière ne tient que si la consigne a changé.
Xinjiang, celle qui passe le plus souvent
Idéal pour une table qui accepte les territoires sans exiger un siège aux Nations unies.
Le Xinjiang est une région autonome de la Chine, et la plus vaste de ses divisions administratives : 1 646 800 km², trois fois la France, un sixième du pays. Il a huit frontières internationales, sa langue régionale, son gouvernement. Sur une carte muette, ça ressemble à un pays.
L’objection tient debout, elle aussi. Il n’a ni armée ni monnaie, et pas la moindre ambassade : l’adversaire pointilleux refuse, et il a raison sur le fond.
XK, le seul pays en X qui figure dans une base de données
Idéal pour clore un débat par un argument que la table n’a pas vu venir.
Le Kosovo n’a pas de code officiel dans la norme ISO 3166, celle qui attribue FR à la France et DE à l’Allemagne. Sa souveraineté est contestée, il n’est pas membre de l’ONU, et l’agence qui tient la norme s’abstient. L’informatique a tranché sans elle, en piochant dans la plage laissée libre pour les usages privés, de XA à XZ. XK s’est imposé partout, l’Union européenne comprise.
Le point faible se voit tout de suite. Un code n’est pas un nom, et personne à Pristina n’appelle son pays XK.
Xina, Xile, Xipre : de vrais noms de pays, mais pas en français
Idéal pour une partie entre gens qui aiment discuter la règle.
Le catalan écrit Xina pour la Chine, Xile pour le Chili, Xipre pour Chypre, Xordània pour la Jordanie. Le galicien en fournit d’autres, Xapón, Xamaica, Xeorxia. Ce ne sont pas des approximations : dans ces langues, la lettre x note le son du « ch » français, et ce sont là les noms officiels de ces pays.
Reste que la table joue en français. Annoncer Xina revient à changer les règles en cours de manche, et ça se négocie avant de distribuer les feuilles.
Xi’an, Xalapa, Xanthi : la lettre est bien plus facile en case « ville »
Idéal pour sauver la manche quand la case pays est perdue d’avance.
Les villes en X, elles, abondent. Xi’an, ancienne capitale impériale au départ de la route de la soie, celle de l’armée de terre cuite. Xiamen, port du sud-est chinois. Xalapa, capitale de l’État mexicain de Veracruz. Xanthi en Thrace grecque, Xàtiva près de Valence, Xanten en Rhénanie, Xochimilco et ses canaux au sud de Mexico.
Personne ne contestera ces noms. Ils ne rapportent simplement pas le point de la case pays, celui qui manquait.
Mexique et Luxembourg, quand la consigne dit « avec un X »
Idéal pour la variante qui réclame un pays contenant la lettre plutôt qu’un pays qui commence par elle.
Deux noms, et deux seulement, sur la liste entière des États membres de l’ONU. Le Mexique tient son x d’une transcription du nahuatl vieille de cinq siècles, le Luxembourg du latin. Aucun troisième ne se cache dans la liste.
Seule objection possible : ce n’était pas la question. Sortir le Mexique quand la consigne disait « commence par X » ne rapporte rien.
Pourquoi presque aucun lieu ne commence par un X
Le français n’aime pas cette lettre en tête de mot. Les rares qui l’ont sont tous empruntés : xylophone et xénophobe au grec, xérès à l’espagnol. Aucune racine latine ne produit un x initial, et les noms de lieux suivent la même pente.
Partout où un X ouvre un nom sur une carte, il vient d’un autre alphabet transcrit dans le nôtre. Et il ne se prononce jamais deux fois pareil.
Une seule lettre, trois sons, et pas un seul pays au bout. Le X n’est d’ailleurs pas seul dans ce cas : aucun pays ne commence par un W non plus, et cette case-là se discute de la même façon.